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Cinéma : Peggy Guggenheim, la collectionneuse


Un documentaire passionnant autour de Peggy Guggenheim, signé Lisa Immordino Vreeland.

« Elle est sa création la plus réussie », explique le galeriste Larry Gagosian. Narcissique, excentrique, solitaire, rebelle, nymphomane (c'est elle qui le dit), Peggy Guggenheim était une femme libre, une personnalité fascinante. Le film qui lui consacre Lisa Immordino Vreeland, sorti sur les écrans le 26 juillet dernier, est une passionnante traversée de l'histoire de l'art du XXe siècle. Une traversée intime car tout le film s'organise autour d'un document exceptionnel. La réalisatrice a mis la main sur un long entretien inédit. Dans la cave de sa biographe officielle Jacqueline Bogard, elle a retrouvé des cassettes, des heures d'entretiens où Peggy Guggenheim se confie avec franchise et sans fausse pudeur. « Je ne peux pas être jalouse du passé. Seulement du futur », dit-elle avec détachement, au soir de sa vie.

Son parcours est bien connu, sa voix est oubliée. Grâce aux bandes magnétiques, Peggy Guggenheim reprend vie, gourmande, généreuse en anecdotes d'une « vie dédiée à l'art et à l'amour ». Elle raconte sa famille, sa mère farfelue, son père volage mort à bord du Titanic en cédant son gilet de sauvetage. Les Guggenheim, famille richissime, « me considéraient comme le vilain petit canard qui ne ferait jamais rien de bien. Alors je les ai épatés », se souvient-elle. Elle raconte le Paris des années 20 « où la vie ressemble à un rêve » et où elle joue au tennis avec Ezra Pound « qui faisait cocorico chaque fois qu'il marquait un point ». Elle parle des hommes de sa vie, Laurence Vail son premier mari, John Holms, Samuel Beckett avec lequel elle passe quatre jours au lit, Max Ernst, elle parle de ses nombreuses aventures, de ses amants célèbres. Elle évoque les artistes croisés tout au long de sa vie, les surréalistes qu'elle fréquente à Paris, qu'elle expose à Londres, Brancusi « moitié dieu, moitié paysan », Giacometti qui ressemblait à « un lion ». Elle raconte comment à Paris pendant la guerre, elle sauve des centaines d'oeuvres de Braque, Miro ou de Mondrian que le Louvre refuse de mettre à l'abri, les heures délicates où elle aide les artistes à fuir la France occupée vers New York aux côtés de Varian Fray. Sa voix se mélange à celles de témoins et de professionnels de l'art d'aujourd'hui, à des images d'archives passionnantes de Jean Cocteau ou de Marcel Duchamp, avec lequel elle noue une relation particulièrement fructueuse. « Il m'a appris tout ce que je sais sur l'art moderne », dit-elle de cet « excellent professeur ».

Puis le documentaire traverse l'Atlantique pour l'aventure de la galerie Art of this century. Moment crucial dans l'histoire. New York devient la capitale mondiale de l'art et Peggy Guggenheim fait le lien entre l'époque surréaliste et l'éclosion de l'expressionnisme abstrait. Elle aimait déjà Pablo Picasso, Fernand Léger ou Yves Tanguy, elle découvre Rothko, Motherwell, De Kooning et surtout Jackson Pollock qu'elle soutient avec ardeur. Dès qu'il s'agit d'art, l'argent importe peu. Elle en a beaucoup certes, mais rien de comparable avec les fortunes des grands collectionneurs contemporains. Pour elle, ce qui compte, ce sont le désir et l'amour, la beauté et la volupté. Bien avant la fondation Pinault, elle s'installe à Venise pour créer l'un des plus beaux musées du monde, abritant l'une des plus extraordinaires collections, par la valeur des oeuvres certes, mais aussi parce qu'elles sont le témoin d'une histoire hors du commun qui se découvre grâce à ce film sur le ton de la confidence.

Photos Happiness Distribution - MK2. Documentaire de Lisa Immordino Vreeland (1 h 36). Disponible en VOD sur Arte Boutique.


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