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Avignon : René Char, la poésie et le soleil au musée Angladon

  • STÉPHANE CERRI
  • 27 avr. 2018
  • 3 min de lecture

Hommage sublime au poète René Char au musée Angladon et à la bibliothèque Ceccano d'Avignon.

Pas facile de faire vivre une exposition consacrée à un écrivain... Surtout un poète comme René Char, réputé pour son aridité. Et pourtant le musée Angladon d'Avignon lui rend un hommage passionnant, sensible et magique. Originaire de L'Isle-sur-la-Sorgue, le poète fait partie des créateurs du festival d'Avignon avec Yvonne Zervos. Grand résistant, le Capitaine Alexandre est un colosse, physiquement d'abord, littérairement ensuite. Il faut d'ailleur lever immédiatement un tabou. Sa poésie n'est pas si hermétique, elle est puissante, souvent brûlante comme le soleil, pleine de couleurs et de mystères qui n'ont pas systématiquement besoin d'être éclaircis pour en goûter la chaleur, la richesse, l'actualité...

Mais surtout, elle se prête admirablement à une exposition, car non seulement René Char a travaillé avec de nombreux peintres, mais il a aussi laissé une oeuvre plastique. L'exposition a été réalisée avec la complicité de sa veuve Marie-Claude Char et la collaboration de la bibliothèque littéraire Jacques-Doucet qui conserve de précieux documents. Elle s'accompagne d'une seconde présentation à la bibliothèque Ceccano avec des photos, des cailloux peints par l'artiste, des oeuvres commandées aux street-artistes La lame et l'iso ou au vidéaste Jimmy Valletin, créateur de la web-série Hokku. La bibliothèque organise également un cycle très dense de rendez-vous autour de la poésie de René Char.

"L'homme qui marche dans un rayon de soleil", le très beau titre de l'exposition dit bien la personnalité d'un artiste hors norme. La présentation débute par une évocation de sa poétique, placée sous les auspices d'Héraclite et de sa pensée du fragment. Aux cimaises, les grandes eaux-fortes de Juan Miro, ami très proches, réalisées pour Le Marteau sans maître qui sera mis en musique par Pierre Boulez. Car la poésie de René Char est au coeur de la modernité comme le montrent également le portrait de l'auteur par Nicolas de Staël pour Arrière histoire du poème pulvérisé ou les paysages minéraux de Giacometti pour Retour amont. Il s'agit de la dernière oeuvre du peintre suisse, mort deux semaines après la publication et qui n'aura même pas le temps de signer les exemplaires.

L'exposition se poursuit avec plusieurs portraits de l'écrivain signés par Valentine Hugo, par son ami Victor Brauner... Maria Helena Vieira Da Silva représente elle sa bibliothèque. Et immédiatement apparaissent aussi des oeuvres méconnues de René Char, insomniaque qui passait parfois des nuits à peindre, à enluminer des manuscrits, des courts poèmes qu'il adressait à ses amis.

Le poète est très attaché à la présentation de ses manuscrits, à la calligraphie. Le tapuscrit des Feuillets d'Hypnos n'en est que plus émouvant. Pendant toute la guerre, René Char s'interdit de publier, jugeant que seul l'engagement dans la résistance compte. Mais il continue à écrire... Et lui, si attaché à ses manuscrits, compose ses poèmes sur des papiers contenant des informations sur ses compagnons de lutte. Les originaux ont donc été détruits pour ne pas prendre de risques et le texte de ce premier recueil marquant a été retranscrit à la machine. Autour sont dispersés les textes de René Char, montrant à la fois comme il élague dans son premier jet, mais aussi comment il prend le temps de peindre pour donner des couleurs à ses mots. L'influence des surréalistes que René Char a fréquentés à ses débuts est importante dans cette circulation entre les disciplines, les regards, la poésie et la peinture.

L'exposition s'achève avec le dimension solaire de l'oeuvre de René Char. Ses mots frappent par leur puissance, comme des petits haïkus à la forme définitive, saisissant une vérité pure, un instant de grâce ou d'illumination. Ils s'accompagnent une nouvelle fois des mises en scène colorées du poète lui-même qui colle parfois des pétales d'hypomées sur ses manuscrits ou crée des livres d'artistes lumineux avec Wilfredo Lam ou Georges Braque. Pour lui comme pour ces amis, ce soleil, en relation avec les paysages méditerranéens, est ce qui sauve l'homme de l'abîme. Sa poésie est aussi un excellent remède !

Jusqu'au 10 juin 2018. Mardi au dimanche, 13 h-18 h. Musée Angladon, 5 rue Laboureur, Avignon. De 1,50 € à 8 €. 04 90 82 29 03.

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