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Sur la piste... Chez le grand fauve Auguste Chabaud à Graveson


Musée, atelier, souvenirs... Une étape provençale à Graveson sur les traces du grand fauve Auguste Chabaud.

Le nom est parfois oublié par certains amateurs d'art mais tous les passionnés du fauvisme connaissent son art sombre et flamboyant. A Graveson, dans le village où il a passé l’essentiel de sa vie, près de Tarascon, le musée qui porte son nom offre une vision panoramique de son oeuvre. Ouvert en 1992, l’institution présente une sélection de pièces prêtées par la famille du peintre et quelques collectionneurs. Environ 70 tableaux et sculptures, régulièrement renouvelés, présentent « tout son univers, avec des œuvres emblématiques de toutes ses périodes », explique Monique Laidi-Chabaud, sa petite-fille qui, depuis deux décennies, se consacre à défendre sa mémoire.

Le musée Chabaud est notamment l’occasion de découvrir de rares œuvres de jeunesse, même une toile de la période postimpressionniste encore marquée par son enseignement aux Beaux-arts, par les leçons de Pierre Grivolas qui diffuse autour d'Avignon les idées des impressionnistes.

Mais c'est quand il part vers la capitale que tout bascule. Au début du siècle, à Paris, Chabaud fréquente le monde interlope de la nuit et des bordels de Montmartre où la vie est moins chère que dans le reste de la ville, où se concentrent les bistrots, les artistes et les prostituées. Mais il n’en livre pas une vision joyeuse... Ses lupanars sont pathétiques, avec des prostituées aux yeux charbonneux, notamment Yvette dont il s’éprend et dont il célèbre, par sa peinture et ses poèmes, sa virginité spirituelle dans ce monde de stupre. Les toiles de cette période, les plus bouleversantes de la carrière du peintre, sont présentes dans tous les plus grands musées du monde, de Paris à Saint-Pétersbourg. Associées au fauvisme, elles annoncent avec une décennie l'expressionnisme, perceptible aussi dans ses vues de spectacles de cirque.

L’accrochage permet aussi de découvrir les beaux dessins orientaux qu’il croque durant son service militaire en Tunisie. Attiré par les horizons lointains et la découverte, Auguste Chabaud s’échappe, dès qu'il le peut, pour aller dessiner dans les souks et les médinas. De l’autre côté de la Méditerranée, il adopte le rouge qui marquera les toiles fauves à son retour. Par rapport aux années parisiennes, les couleurs restent toujours aussi vives, mais le trait se fait plus apaisé, moins simiesque.

Après la Première Guerre mondiale, où il perd un frère, il revient à Graveson et s’ouvre alors une nouvelle période, inspirée par la Provence et notamment la Montagnette, son Parthénon qu’il arpente quotidiennement. « En élève de cette sobriété », dit-il. Le retour dans le Midi est dicté par des contraintes économiques familiales et l'exploitation agricole de la famille va l'attacher définitivement à Graveson.

Le musée montre des œuvres intimes, notamment un portrait de sa mère, la seule femme qu’il représente avec un visage réaliste, et des œuvres inspirées par la Provence.

Curieusement, les processions et les enterrements avec toute la pompe catholique passionnent ce protestant incroyant mais petit-fils et arrière-petit-fils de pasteur. Deux grandes toiles impressionnent particulièrement, des Femmes en méditations sur la colline, peintes en 1909 avec un ciel au bleu de Prusse tellement important dans son œuvre et une scène de récolte d’olives, peinte pour décorer la mairie du village et offerte aux habitants du village avec tendresse.

La balade se poursuit dans les rues du tranquille village. Après son retour à Graveson, Auguste Chabaud peint pendant des années son environnement immédiat. Un parcours avec quatorze plaques émaillées permet de se mettre dans les pas du peintre sous le ciel intense de la Provence, de voir la roubine où travaillaient les lavandières, la place, l’église, les rues où défilaient les cortèges funèbres... Pour découvrir le parcours, une petite plaquette est disponible le musée, illustrée par les toiles et les mots de l’artiste.

Mais c'est à l'extérieur du village que se trouve le lieu le plus magique. Un endroit secret. Le lieu n’est pas public, mais Monique et Martine Chabaud, les petites-filles du peintre, en ouvrent parfois les portes de l'atelier du peintre aux passionnés. Dans la propriété familiale du Mas de Martin, aux portes de Graveson, Auguste Chabaud avait fait construire un vaste atelier dans l’une des caves du domaine, à l’ombre d’augustes platanes centenaires que l'on retrouve parfois dans certaines toiles. Ses descendants vivent toujours sur place et l’activité agricole n’a cessé que récemment.


Pour la famille, cette propriété, qui a cloué Chabaud en Provence, conserve une valeur inestimable, à la fois affective, artistique et historique. L'artiste n'était pas vraiment taillé pour la vie agricole et cette exploitation sera une malédiction, la source de grandes souffrances jusqu'à ce que son fils en reprenne les rênes. « On est sur ses terres, c'est une source d'inspiration qu'on retrouve à travers les toiles », témoignent ses petites-filles qui souhaitent que le lieu conserve son intimité. Elles rappellent qu'ici ont défilé quelques personnalités d'envergure, notamment l'amateur d'art Jean Moulin venu acheter des tableaux ou les représentants du pape Paul VI avant une donation au musée du Vatican...


Dans le grenier de l'atelier, Chabaud a longtemps caché aux regards (notamment à ceux de sa mère) ses oeuvres de jeunesse, jusqu'à leur redécouverte à la fin des années 40, quelques années avant sa disparition en 1955. Avec de grandes fenêtres ouvertes vers les frondaisons, la pièce abrite de nombreuses toiles appartenant à la famille et prêtées régulièrement. Mais il reste toujours de nombreux tableaux, par exemple de belles baigneuses que Chabaud avait peintes dans un style cubiste avant de les retoucher pour leur offrir des formes plus voluptueuses. Quelques souvenirs témoignent également de la vie de l’artiste, sa boîte à peinture, sa pipe, des carnets de dessins, des correspondances, mais aussi les affiches des nombreuses expositions posthumes.


Musée ouvert tous les jours. D’octobre à fin mai, tous les jours, de 10 h à 12 h de 13 h 30 à 18 h 30 en semaine, uniquement l'après-midi le week-end et les jours fériés. De juin à septembre, tous les jours, de 10 h à 12 h et 13 h 30 à 18 h 30. Musée Auguste-Chabaud, cours National, Graveson, Bouches-du-Rhône. 4 €, 2 €. 04 90 90 53 02.


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