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"Monk est moins révolutionnaire, qu'essentiellement unique"

  • STÉPHANE CERRI
  • 8 janv. 2019
  • 3 min de lecture

Après un livre consacré au pianiste de jazz Thelonious Monk, Laurent de Wilde revisite le répertoire du musicien be bop avec l'album New Monk Trio. Rencontre avec un artiste érudit...

Le pianiste Laurent de Wilde. © Gazebo.

Comment a débuté ce long compagnonnage avec Thelonious Monk ?

Ça a débuté par un livre que m’avait demandé un éditeur new-yorkais. Quand il m’a rencontré, il m’a dit que j’étais le gars qu’il cherchait. A l’époque, il n’y avait pas beaucoup de livres sur lui, les choses ont beaucoup changé depuis. Le livre a bien marché et tout le monde me demandait : quand est-ce que tu fais un disque Monk ? Mais c’était quasiment impossible, après avoir étudié toutes les facettes d’un génie, c’était épouvantablement intimidant. Et puis, est arrivé le centenaire de Monk, il y a eu plein de joyeuses expériences de tous mes collègues musiciens. C’était le moment de sortir de ma timidité et j’ai pris son répertoire à bras le corps.

Comment les recherches et l'écriture du livre ont nourri ce disque ?

Monk, c’est une surprise permanente. Il distribue les points d’interrogation à la mitraillette. Quand on le joue, c’est difficile, ce n’est pas comme reprendre un standard. Il y a toujours quelque chose d’inattendu, un virage qu’on n’avait pas vu. Pour ses contemporains, Around Midnight était un morceau impossible. Réussir à le jouer, c’était être un vrai boper.

Chaque morceau pose des questions qu’il faut regarder en toute subjectivité. Il ne faut pas imiter, il faut réfléchir, se sentir soi-même concerné par cette musique. C’est comme La Joconde, où que vous soyez, sa musique vous regarde… Comme disait Oscar Wilde : « N’essayez jamais d’être quelqu’un d’autre, c’est déjà pris. »

Pour un pianiste de jazz, Monk est une référence historique. Comment s’approprier un tel monument ?

En musique classique, une partition de Mozart ne souffre d’aucune altération par rapport à ce qu’il a donné à son éditeur. Je m’en étonne, les musiciens pourraient réinterpréter, improviser. En jazz, c’est un tradition de reprendre, de refaire vivre sous une autre forme. C’est la responsabilité des musiciens de s’approprier les formes du passé et de les rendre présentes. Je ne prétends pas à une contemporanéité absolue, mais ce disque est fait en fonction de toutes les musiques que j’ai entendues à ce jour.

En quoi, est-il un révolutionnaire ?

Il est moins révolutionnaire, qu’essentiellement unique. Il n’a aucun maître à penser, n’a aucune descendance. Cette unicité est inimitable. C’est comme une grosse météorite qui tombe dans votre jardin, c’est dur, ça fume, c’est noir, ça fait une musique géniale et on ne comprend pas. Il y a une architecture invraisemblable, il a un art de se casser la figure ou plutôt de faire semblant de se casser la figure. L’humour a une grande place dans sa musique, il me rappelle Buster Keaton. Quand j’entends des gens qui disent que Monk ne savait pas jouer du piano, c’est comme dire que Buster Keaton ne savait pas plonger dans une piscine. Tout son art réside dans l’illusion qu’il donne qu’il ne va pas y arriver…

Comment s'est fait le choix des morceaux ?

J’ai choisi des morceaux qui me parlaient, où il y avait un fil à tirer pour moi. J’avais envie de titres pour lesquels je n’ai pas trouvé d’arrangements personnels qui auraient un sens.

Vous parlez des morceaux de Monk comme des forteresses. Pourquoi ?

C’est difficile à comprendre ce qui se passe là-dedans. C’est une construction monumentale, qui impressionne, aussi bien Monk sur scène que dans ses disques. Il y a plein de pièces bizarres, de mâchicoulis, d’enjambements, c’est une architecture totalement unique. Il était physiquement imposant, il ne parlait pas beaucoup, c’était lui-aussi une forteresse. Il y avait une force qui émanait de lui très puissante.

En vous écoutant, on redécouvre aussi la variété de Monk souvent associé à un jazz un peu brumeux...

Les chansons de Monk sont très variées, il y a des balades déchirantes, des chansons à siffler sous la douche, des mediums qui donnent envie d’aller marcher dans la forêt. C’est parfois obscur, compliqué, mais aussi plein de drôlerie. On reconnaît toujours sa patte, mais il y a plein d’humeurs différentes.

Vous avez côtoyé l'électronique. Vous avez même écrit un livre sur les machines et les fous du son. Pourquoi ce choix du trio acoustique ?

Je ne dis pas non pour la suite. Il y avait déjà une reprise de Monk sur l’un de mes albums électro, Time for change. Mais il était difficile de courir deux lièvres à la fois. Il fallait d’abord que je règle mes comptes avec lui au piano, sur le même terrain. Ça s’est fait !

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