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Lou Doillon : "L'album Soliloquy m'a libérée"

  • STÉPHANE CERRI
  • 24 sept. 2019
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 30 oct. 2020


Lou Doillon publie Soliloquy, un troisième album dans lequel elle s'est beaucoup investie, au niveau de la composition, mais aussi dans la production.

Que mettez-vous derrière ce mot Soliloquy, le titre de votre album ?

C’est rigolo dans ce métier, il y a des choses conscientes, inconscientes, des choses qui nous rattrapent… Nommer un album se fait de façon assez impulsive mais le sens se révèle plus tard.

Places était le titre de la dernière chanson enregistrée. J’étais incapable de donner un titre. J’aime les phrases longues alors résumer un disque par une chanson était un cauchemar. Pour moi, Places était tellement associé à la chanson. Et aujourd’hui, cela paraît évident.

Soliloquy n’est pas la dernière, mais l’avant-dernière, c’est musical, il y a une note de musique, le soleil… Cela correspond à l’idée que ce qui nous empêche le plus, c’est nous-même. La chanson est née d’un livre de Alejandro Jodorowski, qui montre comment nous sommes programmés par le contexte où nous sommes élevés, par notre prénom… A 35 ans, que cela peut passer par la psychanalyse ou une diseuse de bonne-aventure. Ce que l’on cherche, c’est se réappartenir, devenir notre propre enfant et pas ce pour lequel on a été programmé par la société ou les parents. Cet album m’a libérée de moi-même !

Vous parlez souvent toute seule ?

Oui, comme beaucoup de gens. Je suis une personne assez sauvage, qui vit de façon très solitaire, ou alors très accompagnée, avec onze musiciens dans un bus pour aller sur scène devant plein de monde !

Cela vient aussi du fait que j’ai eu un enfant très jeune, une vie assez casanière.

Je travaille seule, je me parle à voix haute, je lis à voix haute. Tout cela, c’est de la musique. Souvent, je m’amuse, je me prends en flagrant délit, je me fous de moi.

Vous dites que c'est un disque enfin assumé ?

Dans le premier disque, je surfe sur l’amour et le désir d’Etienne Daho. Le second est fait parce que je n’ai pas le choix, parce que je vis des choses terrifiantes dans ma vie. C’est une question de survie. Là, ça va plutôt bien, je n’avais pas de pression de mon label. Tout le monde me disait de prendre mon temps, d’en profiter…

Je suis allée démarcher les producteurs. J’ai commencé à enregistrer seule. Personne n’y voyait une urgence, j’ai porté ce disque à bout de bras.

Quand on choisit, on est dans un position très différente. J’étais productrice des premières sessions.

Après des albums très marqués par leurs producteurs, vous vous êtes beaucoup plus investie dans la maîtrise du disque...

Cela partait d’une urgence pour moi. Il y a des contraintes dans ce métier. Quand on démarche des producteurs un peu star, ils disent pas de problème mais dans un an. Je ne rencontrais que des gens qui me disaient : d'accord on verra. Alors je me suis dit, OK, on oublie et j’ai commencé à faire la production. Mes précédents disques ressemblaient à leurs producteurs. Quand on veut tout casser, c’est compliqué d’avoir des alliés. C’était à moi de prendre cette décision. J’ai commencé à enregistrer la racine de toutes les chansons, en cherchant les rythmes, les tempos. J’ai fait des démos améliorées avec de la guitare électrique, beaucoup de batterie, quelque chose de nerveux. Les gens étaient très surpris. Une fois que j’avais tout ça sous le coude, plutôt que de chercher un producteur et une bande de musiciens, j’ai eu envie que chaque chanson soit comme un élément, de faire du sur-mesure. Quasiment au même moment, j’ai vu plusieurs producteurs et chacun a décidé de bosser sur des chansons très différentes.

Vous saviez immédiatement dans quelles directions vous vouliez aller ?

Je savais que je voulais une empreinte rythmique. Quand j’écris en acoustique, il y a un groove assez particulier. Pour The Joke, Nicolas Subréchicot me connaît bien et a compris que je voulais un peu de cabaret allemand, un peu d’Alice Cooper et un côté assumé du rock des années 90 pas forcément du meilleur goût.

Dan Levy m’a vu comme quelqu’un de baroque et a eu l’idée de génie d’ajouter du clavecin. Benjamin Lebeau a cherché un côté plus punk anglais, des sons avec un certain chaos.

Les sonorités sont plus pop, plus synthé...

C’est une proposition de Dan Levy. Il y a une chaleur dans ma voix et dans mes textes qui ne fonctionne pas tellement avec l’électro, je pouvais en prendre, mais un tout petit peu. Je passe mon temps à survoler tous les styles sans m’y arrêter, un peu d’électro, un peu d’années 80, un peu de rock. J’ai le cul entre deux chaises et ça me va très bien.

Vous vous sentez plus libre qu’au moment de Places ?

Absolument. C’est rigolo parce qu’on se pose des questions, pourquoi je n’ai pas commencé plus tôt, etc. Cet album découle de mes expériences précédentes. J’ai beaucoup appris en travaillant avec Daho qui a un côté très studieux. Puis Taylor Kirk m’a appris à m’amuser. Il ne comprenait pas mon côté sacré, de vouloir tout enregistrer dans le même studio. Cela vient du théâtre, je voulais un enregistrement comme une captation. A la fin du deuxième album, il m’a dit : amuse-toi, si tu ne peux pas le faire ensuite sur scène, ce n’est pas grave.

Et sur scène également, vous êtes plus libre ?

Les choses ont changé depuis les tournées précédentes. Cet album est injouable avec les attitudes que j’avais avant. Il demande de l’énergie, d’être têtue, d'être engagée qui ne va pas forcément avec le côté folk, éthéré d’avant. Je suis obligée d’être en première ligne et ça me plaît beaucoup. Avant de partir en tournée, je ne faisais pas la maline, mais j’ai eu envie de me plaire ! Pour quelles raisons je vais voir des artistes sur scène ? J’aime ceux qui sont hors du contrôle, libre de tout. Comme la fille qui danse uniquement pour elle, sur une table dans une boîte de nuit !

Avant, j’étais bonne élève. Je ne voulais pas décevoir, je parlais entre chaque chanson pour être sûre que tout se passait bien. J’ai reçu beaucoup d’amour du public.

Etre libre tous les soirs, c’est merveilleux. Je n’aurais jamais cru, mais l’endroit où je me sens le plus chez moi, c’est la scène.

Vous êtes désormais chanteuse à plein temps. Le cinéma et théâtre vous manquent ?

Etre dans la musique de quelqu’un d’autre me manque un peu. Etre la pâte à modeler de quelqu’un d’autre. Mais c’est techniquement compliqué. Mais le système évolue et les rythmes peuvent changer, il n’y a pas de porte fermée.

Vous écrivez toujours en anglais. Avez-vous parfois envie d'écrire en français ?

Si je devais écrire une histoire, je pense que ce serait en français. J’aime sa complication, sa précision qui ressemble à un scalpel, qui dissèque. Je suis une grande amoureuse de la littérature française.

Mais pour la musique populaire, le rock, le blues, qui sont faits pour chanter ensemble, j’ai une lecture très anglosaxonne. L’anglais est très agréable à chanter, merveilleux dans sa simplicité. Patti Smith ou PJ Harvey sont plus proches de la poésie, mais Leonard Cohen est dans cet entre-deux, avec des mots simples.

Vous avez lu Munkey Dairies, le journal intime qu'a publié votre mère Jane Birkin ?

Non.

Vous souvenez-vous du tournage de Kung fu master d'Agnès Varda ?

Des bribes. Mais pendant longtemps, Agnès Varda a travaillé de façon étroite avec ma mère. Elle était très souvent à la maison. Elle m’a énormément inspirée. Elle a fait quelque chose de paradoxal, se forger une identité personnelle et être associée à plein de groupes. Elle était d’une curiosité et d’une férocité redoutables. Elle me chopait toujours en me demandant si j’avais vu tel film ou telle expo. On paraissait toujours des très vieux cons à ses côtés. Elle me faisait pleurer de rire quand elle s’est mise à Instagram qu’elle a compris en deux temps trois mouvements. Elle fait partie de mes totems. Quelle chance de l’avoir connue !



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